Citation de maître Moy : l’une des meilleures choses

« L’une des meilleures choses que tu puisses faire pour ta santé est de propulser une force à travers ton corps tout en relaxant. »

Je me rappelle avoir entendu cette phrase de quelqu’un peu de temps après avoir commencé à pratiquer le tai chi. Je l’ai trouvée si profonde que je l’ai rapidement mémorisée, me la répétant sans cesse même si je n’y comprenais absolument rien. C’est d’abord la première partie qui a retenu mon attention : « L’une des meilleures choses que tu puisses faire pour ta santé ». J’étais saisi. Si maître Moy le disait, alors il me fallait en comprendre le sens!

Mais la force dont il parlait, qu’est-ce que c’était? Je ne sentais aucune force, et après, comment la propulser à travers mon corps? Un vrai mystère pour quiconque débute en tai chi!

Puis, au fil de ma pratique, de nouvelles idées faisaient leur chemin vers moi. Je les comparais à des graines que l’on plante dans la terre dans l’espoir de les voir un jour produire de belles fleurs. Comme les graines, ces idées ne pouvaient fleurir qu’à force de patience, d’une pratique constante et d’un désir de comprendre. Je ne pouvais pas me presser. Le temps était nécessaire pour que mon corps se transforme et que mon esprit s’ouvre à de nouvelles conceptions. Je savais aussi qu’avec l’aide de maître Moy et ses yeux observateurs, j’aurais bien des occasions de découvrir un peu du sens de cette phrase intemporelle dont il nous faisait cadeau.

Groupe pratiquant les danyu

C’est en discutant avec mes pairs que j’ai subitement réalisé, mentalement, que maître Moy parlait des danyus. Ce mouvement, je le pratiquais invariablement en classe, mais pour tout dire, je n’arrivais pas à faire le lien avec les paroles de maître Moy. Comment était-ce possible?

Et un jour, j’ai entendu un instructeur dire qu’il faut apprendre à utiliser la « force opposée » en poussant avec le dessous des pieds. Voilà, que j’ai pensé, la force dont parle maître Moy. Ce sont les pieds qui poussent vers le bas pour créer une force opposée, qui monte. J’ai donc commencé dans mes danyus à me concentrer sur mes pieds, cherchant à les sentir, eux et le sol en-dessous. J’ai essayé longtemps de produire cette montée par la poussée des pieds. La plupart du temps, mes jambes tremblaient et j’étais instable. Puis, j’ai réalisé qu’il me fallait renforcer et assouplir mes jambes pour pouvoir développer cette force. Je commençais à comprendre petit à petit que le corps tout entier devait être engagé. Je me suis donc aussi attelé à cette tâche. J’ai fait beaucoup de danyus. Je progressais lentement, mais jamais mon désir de comprendre cette citation de maître Moy ne s’est estompé.

Avec le temps, et à mon grand étonnement, j’ai commencé à sentir une force monter depuis mes jambes. Celles-ci devenaient plus fortes, et maître Moy nous les faisait étirer par des mouvements comme le serpent et le grand écart. J’arrivais aussi un peu plus à détendre le haut de mon corps, utilisant un peu moins mes muscles pour monter. Toutefois, maître Moy avait dit « à travers le corps ». Je me demandais comment faire, car pour moi, le danyu ne sollicitait que le bas. Un jour, je ne me rappelle plus quand, j’ai senti cette force commencer à voyager depuis la poussée jusque dans ma colonne vertébrale; j’étais sous le choc. J’ai alors compris que cette force passe dans les os, et dans la colonne vertébrale aussi, jusqu’en haut par le milieu du corps. Cette expérience que je vivais en moi m’a permis de saisir l’essence de cette force, et c’est là qu’une véritable pratique des danyus a commencé pour moi.

Cependant, la dernière partie de la phrase demeurait un mystère : « tout en relaxant ». C’était un vrai défi. La montée dans le danyu demande beaucoup d’énergie, et on peut se fatiguer rapidement. Alors comment pousser tout en relaxant? Même si je sentais de plus en plus cette force, je ne pouvais pas faire des danyus en grand nombre. Le chemin parcouru me semblait considérable, mais ce mouvement demeurait pour moi exigeant; j’étais perplexe. Puis, lors d’un atelier, alors que nous faisions des danyus, Tony Kwan nous a rapidement arrêtés en disant : « Ne comprenez-vous pas que vous devez vraiment relaxer et tout laisser aller! » Ces paroles m’étaient destinées, je le sentais, et j’ai tout de suite su que le blocage était dans ma tête. Je m’accrochais encore à tout ce que je croyais savoir et avoir appris. Il me fallait redevenir un vrai débutant et abandonner toutes mes idées préconçues, et ne pas penser que je « savais » ce qu’est un danyu. C’était une leçon d’humilité et d’ego. Dès lors, je me suis donné un seul et unique objectif, très simple : relaxer physiquement et mentalement dans les danyus. Le nombre m’importait peu, c’était la relaxation que je visais dans chaque danyu. Ce mouvement est alors devenu ce que j’appelais, selon ce que j’en comprenais, l’« art de la relaxation ».

Cela fait maintenant plus de 30 ans que je pratique les danyus, et honnêtement, je sais que j’ai encore bien des choses à apprendre de cette phrase de maître Moy. J’ai tout de même vu ma santé s’améliorer énormément tout au long du chemin, et je puis dire que les danyus sont véritablement l’une des meilleures choses que l’on puisse faire pour sa santé!

7 réflexions sur “Citation de maître Moy : l’une des meilleures choses”

  1. Cathy Filion

    How rich this quote from Master Moy. To me, the danyu is to be learned over again and again: learn to push from the feet, and to relax the whole body while doing it. It’s never easy, but when I can feel the push and the relaxation enough to enjoy the move and to somehow feel my spine, it is such a reward and an astonishment at what this art is all about. And, as you say Joe, it’s a matter of letting go all what we’ve learned so far, even what we’re not aware of. Which is the hardest thing to do. Thanks a lot Joe, I already read your article many times, and I keep on reflecting on it.

  2. Rejeanne Gagnon

    Merci beaucoup Jean Hubert, je ne me lasse pas de me faire rappeler de relaxer, de ne pas bouger, de laisser aller lors de séances de méditation debout.

  3. Jean Hubert Gagnon

    Dear Joe, thank you for this great story and a good description of on one of the key points of tai chi. I have my own story about understanding this principle which I might share one day. In brief, it came to me not in practicing Donyus, but in doing Zhan Zhuang (standing meditation) day after day. The idea is the same: you stand without moving, sinking the mind and the body, relaxing into the ground, and you get a returning force that travels up right up to the top, expanding the whole body, even the bones in the head, while completely letting go of all tentions.
    As in the Donyus, completely letting go is central to this practice. I only had a single instruction from Master Moy: don’t move, (meaning, do not fidget, or scratch if it itches, or quit as soon as it becomes boring). In my experience, if one wants to deepen one’s understanding of tai chi, one has to practice Zhan Zhuang diligently at some point. It may sound paradoxal, but more heat, more stretch (spine-body) and more circulation is generated by this  »non-move ». The breathing changes with time: it becomes very deep and very soft, and the mind and heart become quite still after a while. Zhan Zhuang is one of the three pillars of our tradition along with Donyus and Toryus.
    I would love to keep this conversation going and compare notes, Joe. Please keep posting your insights and share your stories.
    Warmest salutations

    1. Zen Strzelczyk

      Thank you for your insights into Zhan Zhuang they will improve my standing meditation practice.

      Zen Strzelczyk

  4. Anne Bethune

    Thank you so much for your explanations. This article is really helping me to find the relaxations throughout my Tai Chi.

  5. Merci, j’apprécie de me faire rappeler de les principles, au tant que possibles. Ca m’aide beaucoup.

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